16 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

Palestine, une nation occupée

En décembre 1991, Joe Sacco s’est rendu deux mois en Palestine pour réaliser un reportage. Il s’agit de sa première immersion dans la quotidienneté du peuple palestinien. Palestine – Une nation occupée est le premier volet d’un diptyque qui se clôt avec Palestine – Dans la bande de Gaza(publié en 1998 chez Vertige Graphic).

Cette œuvre étonnante fait de lui l’inventeur du journalisme d’immersion en bandes dessinées. Sa rigueur professionnelle lui vaudra la reconnaissance et l’admiration des journalistes plus encore que celle des bédéphiles. Pour Palestine, il reçoit notamment le prestigieux American Book Award en 1996. En 1995, Sacco part pour l’ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie-Herzégovine à Sarajevo. De cette expérience il tirera Soba, The Fixer et Gorazde (2 tomes). L’œuvre de Joe Sacco n’a pas d’équivalent dans le monde de la bande dessinée et évoque plutôt le parcours des journalistes-aventuriers du début du XXe siècle. Toujours soucieux de montrer l’humain derrière les grands évènements, Joe Sacco permet à ses lecteurs de décrypter l’actualité. Son dessin, d’abord ingrat, est soucieux de détails évocateurs et sert parfaitement son propos (source : BDGest).

Plus récemment, l’auteur est revenu sur le conflit israélo-palestinien avec Gaza 1956, en marge de l’Histoire (publié en 2010 par Futuropolis, cet album a été récompensé à Angoulême par le Prix Regard du Monde en janvier dernier).

Le contenu de cet album est plus accessible, plus acerbe aussi, que Gaza 1956.

Palestine, une nation occupée dans Palestine occupée

Beaucoup de sarcasmes, de la colère, on sent l’auteur estomaqué par les conditions de vie des Palestiniens (quotidienneté dans les camps de réfugiés, violences psychologiques et physiques dont ils sont victimes..).

« D’accord, mais j’approche de mes limites… une goutte de plus et… »

Joe Sacco ne cache ni ses émotions, ni sa peur, ni son indignation. Le message de cet album est limpide : du contexte historique à la situation politique actuelle, des emprisonnements réguliers des hommes palestiniens à la condition des femmes (port du hijab, place de la femme dans la société…), tout y est abordé sans détours ; nul besoin de connaître ce conflit sur le bout des doigts pour se saisir de l’ouvrage. La narration n’a pas de réel fil conducteur. On passe d’anecdote en anecdote ce qui peut prendre de court mais ne m’a pas réellement gênée dans la lecture. 140 pages durant, on découvre le quotidien d’un peuple en même temps que l’auteur. De fait, ses bulles de pensées nous guident énormément dans la compréhension de certains éléments. Celui d’entre eux qui m’a le plus marquée : la place particulière qu’on les prisons israéliennes dans le cœur des Palestiniens. Les hommes nourrissent une forme de nostalgie à l’égard de leur incarcérations. Dans l’un des visuels présents dans le diaporama en fin d’article, Joe Sacco relate la rencontre qu’il a faite avec une fillette. Elle se prénomme Ansar… c’est aussi le nom de la prison où son père a été détenu.

Côté graphique, les visuels d’album sont chargés. Passées les 10 premières pages de l’album et ce grief est déjà oublié. Une fois lancé dans la lecture, ce que l’on remarquera le plus (et ce qui pourrait en gêner certains) c’est le décalage entre le ton du récit et le dessin presque trop simpliste pour ce genre de témoignage.

Les questions soulevées par ce reportage (réalisé durant l’hiver 1991-1992) restent entières. Le fait qu’elles soient toujours d’actualité car la situation a peu évoluée. Ce constat a de quoi nous glacer le sang. En 20 ans, pas d’améliorations !! Le témoignage de Sacco se conclut sur la question des droits des femmes avec des questions comme l’acceptation des violences conjugales, le port du hijab (imposé par les hommes ou non ??)… le respect de la femme en général. Édifiant.

Cet album a été l’objet de menaces de censure en 2002 (voir l’article d’ActuaBD sur ce sujet).

L’avis de Mathilde.

Deux interview de Joe Sacco : la première réalisée en 1997 (Le cercle de Minuit) et la seconde réalisée en 2001 (interview réalisée par Laurent Mélikian).

Extraits :

« Plus tard, au camp de réfugiés de Jabâlya, je rencontrais un vieux Palestinien qui me raconta comment il avait fui sa maison en 1948 après la déclaration d’indépendance d’Israël et l’invasion des armées arabes. (…) Il y a quelques années, il revint sur sa terre. Il avait obtenu un permis des autorités israéliennes. Il put quitter la bande de Gaza pendant quelques heures… Il put traverser ce qui est maintenant Israël pour voir son ancien village :
– J’ai emmené ma famille voir ma terre. Là où il y avait ma maison et mon école. Certains, parmi ceux qui ont pu revenir pour voir, restent paralysés. Ils avaient tout détruit. Plus rien ne pouvait rappeler que nous avions un jour vécu là » (Palestine).

« Les Palestiniens parlent de la prison d’une manière anormale. Je ne suis pas en train de dire qu’ils adorent les longs séjours derrière les barbelés israéliens, mais je ne prends pas de gros risques en disant qu’en général, ils les apprécient, que parfois même ils les savourent, et qu’en tout cas, ces séjours représentent toujours une distinction et avec 90000 arrestations lors des quatre premières années de l’Intifada, il est impossible d’échapper à des souvenirs de prison, qu’on prenne un taxi ou qu’on boive le thé dans un café. Dans les universités et les camps de réfugiés, je suis tellement submergé de récits d’incarcérations que ce qui m’étonne le plus, c’est un homme d’une vingtaine d’années qui n’a pas été arrêté. J’ai envie de lui demander : pourquoi ? » (Palestine).

Source :

https://chezmo.wordpress.com/2011/05/02/palestine-tome-1-une-nation-occupee-sacco/

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Messites |
Leplangeek |
Loganwabdd46blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Jaydenbpboz72blog
| Entrer Chat
| Mypayingads